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Dossier · Valensole (Basses-Alpes), 1er juillet 1965

La rencontre de Valensole (1965) : un champ de lavande, deux petits êtres et trois procès-verbaux

Le 1er juillet 1965, vers 5 h 45, Maurice Masse, cultivateur de lavande à Valensole, dit avoir vu un engin « de la grosseur d'une Dauphine » posé dans son champ, et des occupants qui en descendaient. Les gendarmes relèvent le lendemain une trace : un trou cylindrique au centre d'une cuvette, entouré de sillons en croix. Six semaines plus tard, le témoin livre une deuxième version, avec deux petits êtres à grosse tête et une paralysie. C'est devenu la rencontre rapprochée la plus célèbre de France. Elle n'a jamais fait l'objet d'une enquête officielle, et le GEIPAN la classe « D » par défaut.

Publié le 17 octobre 2026

La trace relevée par la gendarmerie les 2 et 3 juillet 1965 : une cuvette de 1,20 m, un trou de 18 cm au centre et quatre sillons d'environ 2 m formant une croix
La trace relevée par la gendarmerie les 2 et 3 juillet 1965 : une cuvette de 1,20 m, un trou de 18 cm au centre et quatre sillons d'environ 2 m formant une croix — Schéma SkyUnknown d'après le PV de gendarmerie n° 105/1965

En bref

  • Quand : jeudi 1er juillet 1965, vers 5 h 45 du matin3.
  • Où : un champ de jeunes plants de lavande au quartier de l'Olivol, sur le plateau, à environ 2 km au nord-ouest du village de Valensole, dans les Basses-Alpes (aujourd'hui Alpes-de-Haute-Provence)4.
  • Qui : un seul témoin, Maurice Masse, 41 ans, cultivateur, marié et père de deux enfants3,6. Son nom est public depuis le 3 juillet 1965. Il est mort en 200417.
  • Quoi : un engin en forme de « ballon de rugby » posé sur six pattes et un pivot central, des occupants d'environ un mètre et une trace au sol3,5.
  • Documents officiels : trois procès-verbaux de gendarmerie, rendus publics par le GEIPAN en 20152.
  • Classement GEIPAN : D, mais « par défaut, pour faciliter les recherches des internautes ». Aucune enquête officielle n'a été menée1,2.

Ce qu'il raconte aux gendarmes le 2 juillet

La gendarmerie de Valensole apprend l'affaire « par la rumeur publique », le vendredi 2 juillet vers 19 h 30. Elle convoque le témoin et enregistre sa déclaration à 20 heures. C'est le procès-verbal n° 4453.

Ce matin-là, raconte-t-il, il quitte son domicile vers 5 h 30 et arrive à son champ vers 5 h 40. Il précise : « Je n'ai absolument rien pris comme repas ou boisson avant mon départ »3. Il bine ses lavandes, puis s'arrête vers 5 h 45 pour retirer sa veste et fumer une cigarette, assis derrière un tas de pierres. « Un instant après, j'ai entendu un sifflement non loin de moi »3.

Il se dirige vers le bruit et voit « qu'un engin était posé dans mon champ de lavandes. Il était de la grosseur d'une voiture "DAUPHINE" et de couleur mat. Sa forme ressemblait à un ballon de rugby avec une porte à glissière sur le côté. Le dessus était en matière transparente par laquelle j'ai aperçu une personne à l'intérieur »3.

Un second personnage est déjà à terre : « habillé d'une combinaison semble-t-il, tête nue, les mains vides. J'étais à environ soixante mètres. La grandeur de ce personnage était d'environ un mètre, mais de corpulence assez importante »3. Le passager, suppose-t-il, prévient celui qui est dehors, qui remonte aussitôt. Un « bruit sourd », et l'engin disparaît « presque immédiatement en direction de MANOSQUE »3. À l'arrêt, l'appareil lui a semblé posé « sur six pattes placées au-dessous et un pivot de couleur acier, au centre ». Il n'a vu « aucun hublot ; seule une porte à glissière »3. Il ajoute : « Je ne puis définir la couleur de la peau des personnages, mais il me semble qu'ils étaient de type européen. Je ne l'ai pas dit avant, ayant peur des embêtements »3.

Les gendarmes notent qu'« il n'existe aucun autre témoin oculaire »3. À 22 heures, le commandant de la compagnie de Digne et le chef de la brigade de recherches arrivent, et tous se rendent sur place avec le témoin. Ils constatent « qu'effectivement un trou apparaît dans le sol », mais aucune autre trace : « le terrain ayant été piétiné par de nombreux curieux avant notre arrivée »3.

Réentendu de 23 h 15 à 23 h 30, le témoin ajoute plusieurs détails3 :

  • L'engin est parti en oblique et il l'a perdu de vue après une dizaine de mètres, « pire qu'un éclair ».
  • Au décollage, les six pattes, « qui faisaient ressembler l'appareil à une araignée », semblaient tourner, et c'est le pivot enfoncé en terre qui aurait donné « l'impulsion première ».
  • D'abord « émotionné », il ne s'est approché de l'emplacement que quinze à vingt minutes plus tard. La terre y était « détrempée ».
  • Revenu le soir vers 20 h 30 avec sa fille, il l'a trouvée « dure comme du ciment ».
  • Il en a parlé le lendemain matin à un ami, « qui a probablement propagé la nouvelle ».

Voir le document : Procès-verbal n° 445 : la première audition du témoin (2 juillet 1965) — Brigade de Valensole. Message de synthèse p. 1, audition et complément pp. 2-4 (GEIPAN / CNES, droits réservés)

La trace relevée par la gendarmerie

Le capitaine commandant la compagnie et la brigade de recherches dressent un second procès-verbal, le n° 105. Il consigne leurs constatations du 2 juillet au soir et du 3 juillet à 8 h 30, avec un croquis au 1/500 et huit photographies4.

Dans un champ « dont la terre était meuble et fraîchement binée », ils relèvent « une trace insolite plus récente »4 :

  • une cuvette peu profonde d'environ 1,20 m de diamètre ;
  • au centre, un trou cylindrique de 18 cm de diamètre et « d'une quarantaine de centimètres de profondeur » ;
  • quatre sillons peu profonds, larges de 8 cm et longs d'environ 2 m chacun, qui forment « une sorte de croix » autour du trou ;
  • une terre « compacte » à cet endroit, alors qu'elle est meuble tout autour.

Le lendemain, ils constatent que la terre y est « encore compacte » et que « les mesures et la description précédemment données étaient exactes »4.

Le procès-verbal situe la trace avec précision :

  • à 22,50 m d'un champ de lavande ancienne, à 34 m d'une vigne et à 59 m d'un chemin de terre ;
  • aux « coordonnées UTM 387 – 589 (31 TGJ) »4, soit 43,843 N et 5,969 E, d'après notre conversion vers les coordonnées GPS actuelles. Ce point se trouve à une quarantaine de mètres du mémorial installé aujourd'hui26.

Le tas de terre et de pierres derrière lequel le témoin dit s'être trouvé est « environ à 90 m au Nord-Est de la trace », long de 8 m et haut de 2 m. Depuis ce tas, « la visibilité jusqu'à la trace est bonne ». Enfin : « Aucun autre indice quelconque n'a été découvert dans les alentours »4.

Le plan des lieux relevé par la gendarmerie
Le plan des lieux relevé par la gendarmerie — A : la trace. B : le tas de pierres d'où le témoin dit avoir vu l'engin. C : la vigne. D : la lavande ancienne. E : le chemin de terre. F : le cabanon. Le nord est indiqué comme sur le croquis d'origine. Schéma SkyUnknown d'après le croquis du PV n° 105/1965

Voir le document : Les huit photographies de la gendarmerie : le site, la trace, le trou — Procès-verbal n° 105, pages 11 à 14 (GEIPAN / CNES, droits réservés)

Trois jours de tempête médiatique

L'affaire fait la une du Provençal dès le samedi 3 juillet6. Masse y décrit un engin posé sur quatre pattes et un être « de la taille et de la corpulence d'un enfant de 8 ans ». Le journaliste voit un trou de 20 cm de diamètre et d'environ 50 cm de profondeur, avec des traces en X. La terre est « comme pétrifiée, dure comme du ciment, alors qu'ailleurs elle s'effrite »6. Le témoin ajoute : « tout de suite après le départ de l'engin, la terre avait la consistance d'une boue presque liquide. Chose d'autant plus étrange, du fait qu'il n'a pas plu ici depuis longtemps »6.

Les gendarmes le prennent au sérieux. « C'est bizarre, on se demande vraiment ce qui a pu se poser là. Les traces relevées sur le sol sont très nettes et d'une grande précision », disent-ils au Dauphiné libéré7. Selon la même édition, la brigade de recherches fait des prélèvements et un ingénieur du centre atomique de Marcoule vient sur place7. L'Associated Press cite un gendarme : « We don't think it was a gag », « nous ne pensons pas que ce soit une blague »14.

La piste militaire apparaît aussitôt. Depuis le 29 juin, la 9e Région militaire mène dans la région les manœuvres « Provence 65 », avec les hélicoptères de l'aviation légère de l'armée de terre (ALAT)7. Valensole se trouve à l'est de la zone de manœuvre, mais plusieurs appareils basés à Saint-Auban ont pris l'air à l'heure indiquée par le cultivateur7. Le 4 juillet, Le Monde titre : « La soucoupe volante était sans doute un hélicoptère »10.

Le portrait du témoin varie selon les journaux. Pour Le Provençal, « Maurice Masse est bien connu à Valensole, ce n'est pas un hurluberlu ni un farceur »8. La dépêche de l'AFP reprise par Le Méridional est plus réservée : connu « pour sa verve facile et colorée, il lui arrive fréquemment de raconter des exploits imaginaires […] il passe pour un bon conteur d'histoires »9. Le même article lui fait décrire une combinaison « de couleur orange » et propose d'y voir le gilet de sauvetage orange des pilotes d'hélicoptère9.

Le 5 juillet, retrouvé chez des amis sur la presqu'île de Giens, Masse corrige11 : « J'ai nettement compté six "pattes" et un pivot central. […] L'engin n'avait ni rotor, ni pales. J'ai tout de même la prétention de savoir reconnaître un hélicoptère. Ce n'en était pas un. […] je n'ai jamais dit que c'était une soucoupe volante. »

Pendant ce temps, le champ devient un lieu de pèlerinage. Des voitures arrivent du Var, des Bouches-du-Rhône, de Paris et même de Belgique12. « De la dimension d'une bouteille au moment des déclarations de M. Masse, le "trou" mesure actuellement près d'un mètre de profondeur », écrit Var-Matin le 7 juillet. « Chacun emporte une pierre ou un peu de terre »13. Le témoin, lui, serait « en proie à une dépression nerveuse »12.

L'affaire traverse l'Atlantique. Le dossier du Projet Blue Book de l'armée de l'air américaine conserve les dépêches et les articles. Il la classe « NO CASE (INFORMATION ONLY) », sans enquête américaine14.

Le dossier Blue Book : la dépêche AP du 3 juillet 1965
Le dossier Blue Book : la dépêche AP du 3 juillet 1965 — « NO CASE (INFORMATION ONLY) » : l'armée de l'air américaine archive l'affaire sans enquêter. Project Blue Book, US Air Force (NARA), domaine public

Le 18 août : la deuxième version

Le 18 août 1965, Maurice Masse revient de lui-même à la gendarmerie, « ayant des renseignements complémentaires à communiquer ». C'est le procès-verbal n° 1455. Il s'en explique : « Lorsque vous m'avez interrogé le deux juillet 1965, je ne vous ai pas révélé tout ce que j'avais vu car c'était tellement extraordinaire que j'ai eu peur que l'on me prenne pour un fou et que l'on me fasse enfermer »5.

Il dit s'être en réalité approché « à sept mètres » de l'appareil, en longeant la vigne. Les deux occupants étaient à terre, accroupis, et « regardaient me semble-t-il un plant de lavande »5. L'un d'eux se retourne et fait un geste « du bras droit et de la main dans laquelle j'ai distingué un objet ; à ce moment j'ai été immobilisé, sans pouvoir faire un seul mouvement. Je ne ressentais rien, n'étais pas engourdi ni contracté »5.

Sa description des deux êtres est précise5 :

  • moins d'un mètre de haut ;
  • une « tête en forme de potiron d'un volume égal à trois fois la tête d'un homme normal », sans cheveux, avec de grandes oreilles et « pas de menton » ;
  • « un trou rond à la place de notre bouche » et des yeux semblables aux nôtres, sans sourcils ;
  • une peau lisse, d'un teint proche « de celui d'un homme blanc » ;
  • une combinaison « assez foncée » d'une seule pièce, avec deux étuis à la ceinture ;
  • « une sorte de gargouillement » qui sortait de leur gorge. « Ils semblaient se moquer de moi, leur attitude ne me faisait pas peur car je n'avais pas l'impression qu'ils me voulaient du mal. »

Au bout de quatre à cinq minutes, ils remontent à bord par une ouverture que ferme une porte coulissante « à la façon d'une porte de meuble-classeur ». L'engin, surmonté d'un « dôme transparent comme si ç'avait été du plexiglass », haut d'environ 2,50 m, s'élève dans un bruit sourd. Ses pieds tournent « dans le sens des aiguilles d'une montre », et il part en oblique « entre VOLX et MANOSQUE, […] plus vite qu'un avion à réaction au décollage »5.

Il dit être resté immobilisé « pendant quinze minutes », puis : « Je suis alors parti vers mon tracteur, j'ai allumé une cigarette et j'ai continué mon travail jusqu'à 7 heures et demi-8 heures »5. Il signale un seul effet : depuis le 3 juillet, il dort presque deux fois plus qu'avant, environ dix heures au lieu de six ou sept. « Je n'ai jamais pris de calmants »5.

Voir le document : Procès-verbal n° 145 : la deuxième audition (18 août 1965) — Les deux êtres, l'immobilisation, le départ de l'engin, le sommeil (GEIPAN / CNES, droits réservés)

Les enquêteurs privés

Les ufologues arrivent dès l'été. Leurs comptes rendus, publiés en septembre 1965 dans Phénomènes spatiaux, le bulletin du GEPA, puis traduits dans la revue britannique Flying Saucer Review, ajoutent des éléments qui ne figurent pas dans les procès-verbaux.

  • L'enquête du GEPA, menée par un magistrat signant « G.C. »15. Elle donne une distance de 80 m et un arrêt à 5 ou 6 mètres des êtres. Elle prête au témoin une bonne connaissance des hélicoptères militaires, qui se posent « souvent » dans son champ ou à côté : il va bavarder avec les pilotes, « souvent des chasseurs comme lui ». Elle affirme aussi qu'après sa paralysie, il ne reprend pas le travail mais va au Café des Sports raconter l'atterrissage, avant de dire au patron que tout cela était une blague. Le patron va voir le champ et y trouve les traces15. La télévision l'interroge d'ailleurs dès juillet 196522.
  • Aimé Michel apporte d'autres détails16 :
    • une semaine avant, le témoin et son père trouvaient chaque matin des pousses de lavande cassées et emportées, et Masse pensait surprendre des voleurs ;
    • des plants auraient été abîmés sur une centaine de mètres dans la direction du départ ;
    • le témoin aurait dormi douze à quinze heures par jour, au lieu de quatre ou cinq ;
    • selon Michel, « M. Masse n'a pas encore osé dire tout ce qu'il sait ». Masse lui aurait affirmé à propos des êtres : « Ils sont bons. Ils n'ont que de bonnes intentions envers nous, j'en suis sûr. »
  • Jimmy Guieu, d'après des récits ultérieurs, aurait cassé la lame de son canif en voulant prélever la terre durcie17.

Le témoin ne s'est jamais vraiment livré davantage. En 1972, il aurait dit au journaliste René Pacaut : « Je ne peux pas dire tout ce que j'ai vu. Personne ne me croirait »17. Fin 1979, il accorde un entretien à Jacques Vallée17. Il meurt le 14 mai 2004, sans avoir changé de version17,21.

Voir le document : Flying Saucer Review, nov.-déc. 1965 : l'enquête du GEPA et « The Valensole Affair » d'Aimé Michel — Copies conservées dans le dossier Blue Book, pages 5 à 9 (en anglais) (Flying Saucer Review, droits réservés)

Ce qu'en disent les officiels

Il n'y a jamais eu d'enquête officielle. Le GEPAN, l'organisme du CNES chargé des PAN, n'est créé qu'en 1977. Ses responsables successifs « se sont bien sûr tous intéressés à cette affaire », écrit le GEIPAN, « sans toutefois publier d'enquête approfondie », qui « aurait probablement été peu fructueuse du fait du délai »1,2.

Pour les 50 ans de l'affaire, le 26 juin 2015, le GEIPAN publie les trois procès-verbaux, qu'il présente comme « les documents les plus fiables de cette affaire »2. Il précise le sens du classement : « Vue son étrangeté, ce cas est classé « D » par défaut, pour faciliter les recherches des internautes »2. Autrement dit, la lettre D ne résulte pas d'une enquête qui aurait écarté toutes les explications. Elle range le cas parmi les inexpliqués faute de mieux.

Les versions qui ne concordent pas

Entre le 2 juillet et le 18 août, le récit change beaucoup. Les enquêteurs privés et la presse ajoutent leurs propres variantes.

Point Selon les sources
Distance d'observation 30 m (Le Provençal, 3 juillet), 50 m (Le Provençal, 5 juillet), 60 m (PV du 2 juillet), 80 m (GEPA), environ 90 m (mesure de la gendarmerie et Aimé Michel)6,11,3,15,4,16
Approche ne s'approche qu'après le départ (2 juillet), jusqu'à 7 m (18 août), jusqu'à 5 ou 6 m (GEPA)3,5,15
Pattes quatre (presse du 3 juillet), six et un pivot (PV et presse du 5 juillet)6,3,11
Occupants un homme d'un mètre « de forte corpulence », « de type européen », et un second à bord (2 juillet) ; deux êtres à tête de potiron (18 août)3,5
Combinaison sans couleur (2 juillet), orange (Le Méridional), « assez foncée » (18 août)3,9,5
Après le départ il continue à travailler (PV du 2 juillet et du 18 août), il ne reprend pas le travail et va au café (GEPA)3,5,15
Trou environ 40 cm de diamètre (2 juillet), 20 × 50 cm (presse), 18 cm sur environ 40 cm de profondeur (mesure de la gendarmerie), 60 à 80 cm (GEPA), près d'un mètre après le passage des curieux3,6,4,15,13
Sommeil de 6-7 h à environ 10 h (PV), de 4-5 h à 12-15 h (Aimé Michel)5,16
Lavande « ne fleuriront plus jamais » (un journaliste, 4 juillet), aucune différence de couleur (GEPA), plants abîmés sur 100 m (Aimé Michel)8,15,16

Certaines différences s'expliquent sans peine. La première description du témoin est faite dans la soirée du 2 juillet, la mesure des gendarmes le lendemain matin, et le trou a ensuite été creusé par les visiteurs. D'autres touchent au cœur du récit : le nombre et l'aspect des occupants, la distance d'approche, la paralysie absente du premier procès-verbal.

Les explications proposées

  • Un hélicoptère de l'armée. C'est l'explication des militaires et de la presse dès le 3 juillet7,10. Dominique Caudron l'a reprise en 1990, en rapprochant le sifflement de celui d'une turbine d'Alouette II20. Elle se heurte à plusieurs difficultés :
    • aucun atterrissage n'a été signalé ;
    • Valensole se trouvait hors de la zone des manœuvres7 ;
    • le témoin affirmait bien connaître ces appareils11,15 ;
    • elle n'explique ni le trou de 18 cm ni les sillons relevés par la gendarmerie4. Le Provençal objectait déjà que l'Alouette n'a qu'un train de trois roues11. En fait, l'Alouette III repose sur trois roues et l'Alouette II sur des patins.
  • Un hélicoptère américain. Le zététicien Claude Maugé rapporte en 2004 une hypothèse qu'il tient du physicien Yves Rocard : un hélicoptère de la 6e Flotte américaine en mission d'espionnage. Les autorités auraient alors préféré laisser parler d'ovni. Il relève qu'un avion espion américain a survolé l'usine de Pierrelatte deux semaines plus tard18. Aucune pièce ne vient l'étayer.
  • Une citerne à engrais. Dominique Caudron a aussi proposé d'expliquer la trace par une tonne à engrais liquide installée par un voisin20. Nous n'avons pas pu consulter son article.
  • La foudre et une « galéjade ». Le collectionneur Raoul Robé suppose que Masse aurait trouvé une trace de foudre, puis bâti une histoire pour ses amis du café19. Le réalisateur Dominique Filhol, qui a interrogé un spécialiste de la foudre, affirme qu'il n'y a pas eu d'orage ce jour-là21.
  • Une bande dessinée. Raoul Robé signale aussi « Passagers de soucoupes volantes », un récit illustré publié en 1955 et réédité en 1960, qui se passe en Provence. On y trouve des pilotes chauves et un rayon paralysant19. Gilles Fernandez, qui a publié l'hypothèse, conclut après avoir lu tout le récit à un scénario « improbable (bien sûr pas impossible) » : trop peu de ressemblances, trop de différences19.
  • Une vraie rencontre. Pour le GEPA et pour Aimé Michel, la sincérité du témoin, la trace et ses troubles du sommeil désignent une visite venue d'ailleurs15,16. Le témoin, la gendarmerie et le village ont décrit un homme sérieux7,8,15. Mais le cas ne repose que sur lui.

Les erreurs qui circulent

Soixante ans de récits ont déformé l'affaire. Les points suivants sont faux ou sans source :

  • L'heure. L'observation n'a pas eu lieu à 17 h 4525 : c'était à 5 h 45 du matin3.
  • Le visage des êtres. Ils n'avaient pas de « menton pointu »25 : le témoin dit qu'ils n'avaient « pas de menton »5.
  • Après la paralysie. Selon ses deux dépositions, il n'a pas couru au village en panique25 : il a continué à travailler3,5.
  • L'enquête du CNES. Le GEIPAN n'a pas enquêté en 197721 : il dit lui-même n'avoir publié aucune enquête1,2.
  • La date de sa mort. Maurice Masse est mort en 2004, et non en 201424,17.
  • Le calcium. On lit qu'il y avait trop de calcium dans le sol, ou au contraire pas assez20,24. Aucune analyse de laboratoire n'a été publiée : ni la gendarmerie ni le GEIPAN n'en ont rendu public les résultats.
  • Le classement. Le cas est classé « inexpliqué » par défaut, et non au terme d'une enquête2.

Ce qu'il reste

Le champ de l'Olivol porte aujourd'hui un petit mémorial, entretenu par une association du village. On y trouve une soucoupe stylisée, une reproduction de la trace et une plaque : « Ici, le 1er juillet 1965 s'est posé un OVNI qui a donné lieu à une rencontre du 3ème type. Respectez ce lieu »26. En 2015, le village a fêté les 50 ans de l'affaire avec une exposition23. Le film Valensole 1965, de Dominique Filhol, est sorti en juillet 202521.

Le mémorial de l'Olivol aujourd'hui
Le mémorial de l'Olivol aujourd'hui — Une soucoupe stylisée et la plaque « Respectez ce lieu », au bord du champ (août 2026). Pampuco, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Les faits établis tiennent en peu de lignes :

  • un témoin unique, dont la gendarmerie et le village décrivent la sobriété ;
  • une trace fraîche, mesurée et photographiée par les gendarmes le lendemain ;
  • deux dépositions qui ne racontent pas la même scène.

Rien n'a permis d'identifier ce qui a laissé la trace, ni de démontrer que le récit a été inventé. Les procès-verbaux originaux sont en ligne sur le site du GEIPAN, et les pièces ci-dessous permettent de les lire soi-même.

Les pièces du dossier

Les documents d'origine : affichés ici quand ils sont libres de droits, sinon consultables chez leur détenteur.

  • Rapport

    Procès-verbal n° 445 : la première audition du témoin (2 juillet 1965)

    Brigade de Valensole. Message de synthèse p. 1, audition et complément pp. 2-4

    Document protégé : consultable chez son détenteur, non reproduit ici.

    PDFGEIPAN / CNES, droits réservés

  • Le plan des lieux relevé par la gendarmerie

    Croquis

    Le plan des lieux relevé par la gendarmerie

    A : la trace. B : le tas de pierres d'où le témoin dit avoir vu l'engin. C : la vigne. D : la lavande ancienne. E : le chemin de terre. F : le cabanon. Le nord est indiqué comme sur le croquis d'origine

    Schéma SkyUnknown d'après le croquis du PV n° 105/1965

  • Photo

    Les huit photographies de la gendarmerie : le site, la trace, le trou

    Procès-verbal n° 105, pages 11 à 14

    Document protégé : consultable chez son détenteur, non reproduit ici.

    PDFGEIPAN / CNES, droits réservés

  • Rapport

    Procès-verbal n° 105 : les constatations (2-5 juillet 1965)

    Brigade de recherches. Mesures de la trace, situation, croquis au 1/500

    Document protégé : consultable chez son détenteur, non reproduit ici.

    PDFGEIPAN / CNES, droits réservés

  • Rapport

    Procès-verbal n° 145 : la deuxième audition (18 août 1965)

    Les deux êtres, l'immobilisation, le départ de l'engin, le sommeil

    Document protégé : consultable chez son détenteur, non reproduit ici.

    PDFGEIPAN / CNES, droits réservés

  • Le dossier Blue Book : la dépêche AP du 3 juillet 1965

    Presse d'époque

    Le dossier Blue Book : la dépêche AP du 3 juillet 1965

    « NO CASE (INFORMATION ONLY) » : l'armée de l'air américaine archive l'affaire sans enquêter

    Project Blue Book, US Air Force (NARA), domaine public

  • L'index Blue Book du 1er au 9 juillet 1965

    Rapport

    L'index Blue Book du 1er au 9 juillet 1965

    Valensole figure dans les « informations complémentaires (pas des cas) » : « Masse (Alleged Landing) »

    Project Blue Book, US Air Force (NARA), domaine public

  • Analyse

    Flying Saucer Review, nov.-déc. 1965 : l'enquête du GEPA et « The Valensole Affair » d'Aimé Michel

    Copies conservées dans le dossier Blue Book, pages 5 à 9 (en anglais)

    Document protégé : consultable chez son détenteur, non reproduit ici.

    PDFFlying Saucer Review, droits réservés

  • Rapport

    La note du GEIPAN pour les 50 ans de l'affaire (26 juin 2015)

    « classé « D » par défaut, pour faciliter les recherches des internautes »

    Document protégé : consultable chez son détenteur, non reproduit ici.

    PDFGEIPAN / CNES, droits réservés

  • Le mémorial de l'Olivol aujourd'hui

    Photo

    Le mémorial de l'Olivol aujourd'hui

    Une soucoupe stylisée et la plaque « Respectez ce lieu », au bord du champ (août 2026)

    Pampuco, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

  • La reproduction de la trace sur le site

    Photo

    La reproduction de la trace sur le site

    Une croix à quatre branches autour d'un trou central, comme dans le PV n° 105 (août 2026)

    Pampuco, CC BY 4.0, via Wikimedia Commons

Sources

  1. 1.Document officielGEIPAN / CNES, mise à jour du 23 juin 2021, Fiche du cas Valensole (04) 01.07.1965, n° 1965-07-00050
  2. 2.Document officielGEIPAN / CNES, 26 juin 2015, L'observation de Valensole 1965, cinquante ans après…
  3. 3.Document officielGendarmerie nationale, brigade de Valensole, 2-5 juillet 1965, Message de synthèse et procès-verbal n° 445 (audition du témoin) — pages 1 à 4 du PDF, noms caviardés
  4. 4.Document officielGendarmerie nationale, brigade de recherches des Basses-Alpes, 2-5 juillet 1965, Procès-verbal n° 105 (constatations, croquis, photographies) — pages 5 à 14 du PDF
  5. 5.Document officielGendarmerie nationale, brigade de recherches des Basses-Alpes, 18-23 août 1965, Procès-verbal n° 145 (deuxième audition du témoin) — pages 15 à 18 du PDF
  6. 6.PresseVictor Nathan, Le Provençal, 3 juillet 1965, « Une “soucoupe volante” se serait-elle posée dans les Basses-Alpes ? » — transcription de Patrick Gross
  7. 7.PresseLe Dauphiné libéré, 4 juillet 1965, « Les gendarmes ont relevé d'étranges traces… » — transcription de Patrick Gross
  8. 8.PresseVictor Nathan, Le Provençal, 4 juillet 1965, « Le mystère reste entier sur la “soucoupe volante” de Valensole » — transcription de Patrick Gross
  9. 9.PresseLe Méridional (AFP), 4 juillet 1965, « La soucoupe volante de Valensole » — transcription de Patrick Gross
  10. 10.PresseLe Monde, p. 18, 4 juillet 1965, « La soucoupe volante était sans doute un hélicoptère » — transcription de Patrick Gross
  11. 11.PresseLe Provençal, 5 juillet 1965, « “Soucoupe” ? Engin inconnu ? … Mais pas un hélicoptère ! » — transcription de Patrick Gross
  12. 12.PresseLe Méridional, p. 14, 6 juillet 1965, « La “soucoupe” de Valensole : dépression nerveuse pour l'auteur du récit » — transcription de Patrick Gross
  13. 13.PresseVar-Matin République, 7 juillet 1965, « La soucoupe volante de Valensole… Les curieux affluent, M. Masse en dépression » — transcription de Patrick Gross (datée par erreur de 1954 sur sa page)
  14. 14.Document officielProject Blue Book, US Air Force, 1965, Dossier « 1 July 1965, Valensole, France » (dépêches AP, coupures, index) — en anglais, copie des archives nationales américaines hébergée par NICAP
  15. 15.Analyse« G.C. » (G. Chautard), Phénomènes spatiaux, sept. 1965, trad. dans Flying Saucer Review, nov.-déc. 1965, « The Significant Report from France – G.E.P.A. Investigation » — en anglais, copie du dossier Blue Book
  16. 16.AnalyseAimé Michel, Flying Saucer Review, nov.-déc. 1965, « The Valensole Affair » — en anglais, copie du dossier Blue Book
  17. 17.SynthèseJérôme Beau, RR0, La rencontre de Valensole — compilation ; date de décès d'après Guy Tarade, Magonie, 21 juillet 2004
  18. 18.AnalyseClaude Maugé, Laboratoire de zététique (université de Nice), janvier 2004, Une approche de la « théorie réductionniste des ovnis » — copie archivée
  19. 19.AnalyseGilles Fernandez, d'après Raoul Robé, 20 novembre 2017, Maurice Masse Encounter (Valensole, 07/01/1965): Hoax inspired by a French Comic Book? — en anglais et en français
  20. 20.SynthèseWikipédia, consulté le 17 octobre 2026, Rencontre de Valensole — pour les travaux de D. Caudron (1990) et de P. Guérin, non consultés directement
  21. 21.PresseFutura-Sciences, 18 janvier 2026, Entre enquête et cinéma : le réalisateur de Valensole 1965 face au cas le plus célèbre d'Ovni français
  22. 22.PresseINA, reportage télévisé de juillet 1965, Une soucoupe volante à Valensole ? — au Café des Sports, avec le patron du café
  23. 23.PresseINA, 2015, Cinquantième anniversaire de l'arrivée des extraterrestres à Valensole
  24. 24.SynthèseFutura-Sciences, 14 décembre 2022, 5 histoires extraordinaires et non résolues d'ovnis : le cas toujours « inexpliqué » de Valensole — cité pour ses erreurs
  25. 25.SynthèsePatrick Gross, Les OVNIS vus de près, Valensole, France, 1965 — page de synthèse, citée pour ses erreurs
  26. 26.SynthèsePampuco, Wikimedia Commons (CC BY 4.0), août 2026, Category:Site OVNI de Valensole — photos du mémorial ; coordonnées du site reprises par Wikipédia

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